29.01.2007

Petite histoire d'un mariage arrangé

Murthy et Sharmila se sont dit « oui » lundi matin. Se jurant amour et fidélité jusqu’à ce que la mort… Non, à tout bien y réfléchir, ça ne ressemblait pas vraiment à ça.
C’était juste…autre chose. Un mariage arrangé conclu en deux semaines. Il y a 15 jours, Murthy et Sharmila ne s’étaient jamais rencontrés. Aujourd’hui, ils sont mariés. Quoi de plus normal pour celui baigné dans la culture indienne. Difficile à comprendre pour celle bercée par la culture occidentale.

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Tout commence par un dîner la veille de la cérémonie religieuse. Les invités se retrouvent dans l’un des nombreux « marriage hall » de la ville. Dans ce qui ressemble à une vaste cantine, les convives partagent le thali, plat typique de la région. Pour se faire une idée, il suffit d’imaginer un mariage traditionnel en France. Le dîner qui dure des heures et les plats qui se succèdent. Et ensuite, d’imaginer exactement l’inverse. Voilà, c’est à ça que ressemble un mariage tamoul. On mange vite, assis devant sa feuille de bananier. On parle peu. Ici, la notion de «dîner convivial » n’existe guère. Il s’agit de manger, point.

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Seule originalité dimanche soir : le nombre d’Occidentaux réunis dans la salle. Normal, Murthy est le sculpteur d’Auroville. Il a reçu plusieurs récompenses nationales, tel que le précise son faire part : «N. Murthy, national awardee of stone carving.»

Voilà. ll est à peine 20h15 et c’est déjà fini. Vous partez avant même que la future mariée arrive. Elle parcourt les dix kilomètres entre Pondichéry et Auroville sur un trône illuminé qui avance à 5 km/h !

Le lendemain a lieu la cérémonie religieuse. À 6h du matin. Une histoire d’horoscope. La cérémonie est très protocolaire. Précédés des musiciens, les mariés s’installent sur un pandel, un petit espace sacré situé sur une estrade. Le jeune couple est entouré par sept femmes - obligatoirement non veuves - portant des plateaux chargés des divers objets nécessaires à la cérémonie (noix de coco, bijoux, etc.).

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S’en suit une série de rituels minutieux. On commence par invoquer Ganesh, le dieu qui lève les obstacles. Vient ensuite le bain rituel donné par cinq femmes au fagot sacré composé de trois plantes. Fécondité, longévité, douceur de vivre : cette cérémonie attirera sur le couple divers bienfaits. Les futurs époux rendent ensuite successivement hommage à leurs parents en leur baignant les pieds sur un large plateau. Suivent le thâli pûjâ et le thâli kattudal qui constituent en quelque sorte l'équivalent de la bénédiction et de l'échange des alliances dans le mariage chrétien.

Les invités et la famille lancent alors sur le couple du riz safrané mêlé de pétales de fleurs, ajoutant ainsi leur bénédiction à celle du prêtre. Main dans la main, les mariés font sept fois le tour du feu sacré. Ensuite, ils reçoivent cadeaux et argent de la part des convives qui se succèdent sur l’estrade. Ils se rendent ensuite au temple le plus proche. C'est en tant que mari et femme qu'ils assistent à la cérémonie.

Pour Murthy, presque la trentaine, ce mariage est la fin de longues semaines de pression parentale. Et le début de grandes questions existentielles pour quelqu’un qui n’a jamais partagé sa vie : «Quand on a une femme, on doit rentrer à la maison après le travail ? Comment on fait si on a envie de faire autre chose ?», se demandait-il ainsi il y a quelques semaines. Souhaitons leur que ce vieil adage populaire soit vrai : « L’amour vient après le mariage. »

Voir le film du mariage




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26.01.2007

Et la République indienne fut créée

Le 26 janvier 1950, l’Inde devient une République. Deux ans et demi après son indépendance. Le père de la Nation, le Mahatma Gandhi, décédé en 1948, n’est pas là pour constater le fruit de ses années de lutte. S’adressant à ses compatriotes, Nehru déclare : «Nous avons de la chance d’assister à la création de la République indienne. Nos successeurs nous envierons cet instant unique.»

medium_ambedkar_small.JPG Ce jour-là, la Constitution est adoptée. L’un de ses principaux rédacteurs est le Dr Ambedkar, figure de la lutte en faveur des intouchables.






Dans le texte, il inscrit la lutte contre toutes formes de discrimination, tant envers les femmes qu’envers les hors-castes. Il élève au rang de principe constitutionnel le principe du respect de la liberté de religion. « Chaque citoyen obtient alors le droit de votre, faisant de notre pays la plus grande démocratie du monde », rappelle le Hindu dans son édition de vendredi.

L’Assemblée constituante adopte également l’hymne national indien, inspiré d’une chanson écrite et composée par le Prix Nobel de littérature, Rabindranath Tagore.

Ici, interprété par les meilleurs musiciens indiens.



medium_embleme_inde_small.jpg La toute nouvelle République indienne se dote d’un emblème : le lion. Il trouve son origine dans le chapiteau aux lions d'Ashoka retrouvé à Sarnath, près de Varanasi, dans l'état du Uttar Pradesh. Ce chapiteau comporte quatre lions symbolisant la puissance, le courage et la confiance.


Là se trouve la devise nationale : Satyamēva Jayatē, « Seule la Vérité triomphe », en sanskrit.

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Depuis, chaque 26 janvier est jour de fête nationale. Toutes les villes et villages indiens se parent aux couleurs de la République : orange, blanc et vert.

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À Dehli, une grande parade militaire est organisée en présence du président de la République indienne, Abdul Kalam.









Voir ce clip gouvernemental, destiné à promouvoir la République indienne.

17.01.2007

Happy Pongal !

L’Inde, pays aux mille jours fériés. La preuve : les Tamouls célèbrent deux jours de l’an à seulement deux semaines d’intervalle. Et comme toute fête indienne, cela commence par des kolams. Ces dessins de bon augure réalisés par les femmes sur le seuil des maisons.

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Autour du 15 janvier, et quatre jours durant, les villages fêtent Pongal - littéralement « ébullition » -, l’arrivée de la nouvelle année de récoltes. Au deuxième jour de la fête, le riz est mélangé avec du lait frais et du sucre. Le mélange est porté à ébullition, d’où le nom de cette fête.

Cette fête est un hymne à la terre qui fait vivre les villages. Mais aussi aux vaches qui la travaillent. Le troisième jour de la fête leur est d’ailleurs consacré. Les villageois peignent leurs cornes et les ornent des plus belles fleurs. Des colliers de bananes sont attachés autour de leur cou. Des bananes qui font ensuite l’objet d’un usage plutôt inhabituel : elles sont lancées en l’air en guise de signal de départ de la course de vaches, la Jallikattu.

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La légende raconte l'origine de ce jour réservé aux vaches. Celles-ci se seraient plaintes à Krishna – divinité connue pour son amour pour les bovins - du mauvais traitement infligé par les hommes. Krishna aurait alors promis de descendre sur terre pour vérifier leurs dires. Mis au courant de cette visite, les villageois auraient aussitôt décidé de décorer les vaches. Et Krishna de dire à ses amis les bêtes : « Vous voyez, vous êtes bien traitées ! »




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09.01.2007

Born to be alive

13 heures, une petite ville perdue du sud indien - Gingee - , 35 degrés à l’ombre. Trois Occidentales fatiguées et affamées après l’ascension du fort de Krishnagiri. Sur leur chemin, une succession de petites cahutes et autant de beignets de piments fris.

Les voilà prêtes à se résoudre quand soudain, apparaît une grande bâtisse moderne. Du bruit, de la musique, des gens. Timides, elles hésitent. Rapidement, plusieurs femmes les entraînent à l’intérieur. Une sorte de salle des fêtes avec des dizaines de personnes assises sur des chaises en plastique rouge. Au centre, un autel. Sur l’autel, une femme et un homme vêtus de leurs plus beaux habits.

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Un mariage ? Non, une cérémonie pour une femme enceinte de sept mois. Une fête traditionnelle chez les hindous. Gênées mais curieuses, elles sortent leurs appareils photo. S’en suit une déferlante d’enfants qui veulent être immortalisés. Les adultes s’en mêlent et bientôt, elles ont les poches pleines de cartes de visite. Et de promesses : «Oui, oui, on vous enverra les photos.»

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Ensuite, elles sont invitées à déjeuner. Au rez-de-chaussée de l’immeuble, se trouve une grande salle avec de longues tables en bois alignées les unes face aux autres. Une sorte de cantine. Au menu : thali. Le plat traditionnel du sud de l’Inde. Des louches de différents riz et sauces tombent sur de grandes feuilles de bananiers. Sensation épicée assurée.

Pour elles, c'est le moment où jamais de tenter les quelques mots de tamoul appris depuis un mois. Ça fonctionne ! Grand sourire sur le visage de leurs voisines de table. Pour les enfants assis en face d’elles, le spectacle de ces trois occidentales en train d’essayer de manger le thali à la main semble irrésistiblement…drôle ! Elles repartent, l'estomac et le coeur remplis !

05.01.2007

Ardh Kumbh Mela

Allahabad, Uttar Pradesh. Au cœur du pays hindou. Depuis mercredi, on y fête l’Ardh Kumbh Mela, littéralement « la fête de la cruche ». L’un des plus grands rassemblements religieux au monde. Durant six semaines, 70 millions de pèlerins hindous, venus de toute l’Inde, vont se baigner dans les eaux glacées du Gange. Un bain sacré censé réduire le nombre de réincarnations : les hindous espèrent ainsi atteindre plus rapidement le nirvana. La vie dans l’au-delà.
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(Photo Reuters)

L’Ardh Kumbh Mela est célébrée quatre fois tous les douze ans dans quatre lieux saints différents : Allahabad, Haridwar, Ujjain et Nasik.

La légende hindoue raconte que, dans des temps reculés, les dieux et les démons firent une alliance provisoire pour élaborer l’amrita, un nectar d’immortalité. Mais quand la cruche contenant le précieux liquide apparut, les démons s’en emparèrent. Durant douze jours et douze nuits divines, l’équivalent de douze années humaines, les dieux et les démons combattirent dans le ciel pour la possession de la cruche. Pendant la bataille, des gouttes d’amrita tombèrent dans quatre endroits : les quatre villes où l’on fête depuis lors l’Ardh Kumbh Mela.



« Tous les douze ans, l'Inde tout entière frémit ; les villages s'agitent, les monastères se vident, des grottes de l'Himalaya descendent des ermites nus barbouillés de cendres, de la côte de Malabar, du cap Comorin, du golfe du Bengale, des monts Vindhya, du désert du Thar convergent des charrettes de toutes sortes, des cortèges de moines, des bandes de chemineaux, des troupes de lépreux, des suites de rajahs, des coches bondés de femmes cachées par des rideaux blancs, des trains pleins de citadins, une foule prodigieuse assoiffée de sainteté : les pèlerins de la Kumbh-Mela »
Mircea Eliade, L'Inde

21.12.2006

Glamourama

De Dehli à Bangalore, en passant par Jaïpur, Chennai ou Pondichéry, c'est LA voiture nationale. Son nom ? Ambassador. Rien que ça.
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Créée par Hindustan Motors dans les années 50, cette cinq places, carrosserie noire ou blanche, a de l'allure. Surtout au milieu des rickshaws et autres deux-roues pétaradants dans les rues de Pondichéry. Apparemment, la meilleure place pour la garer, c'est entre deux vaches. Une histoire de sacré ?

20.12.2006

Maternity hospital

Maternité de Pondichéry, 12h30. Les portes viennent d'ouvrir. Femmes, hommes et enfants se ruent vers l'entrée, afin de rejoindre celles qui ont passé la nuit dans leur chambre d'hôpital.
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Dans le couloir qui mène à la salle d'échographie, une affiche attire le regard : "Déterminer le sexe du foetus lors d'un diagnostic prénatal est un crime puni par la loi pour ceux qui le font, ceux qui le font faire et ceux qui l'encouragent." En Inde, l'échographie ne sert pas tant à déceler les éventuelles pathologies du bébé qu'à découvrir son sexe. Et pour les familles indiennes, au déshonneur d'avoir une fille, s'ajoute souvent un autre problème : la dot. Nécessaire au mariage des filles, elle représente un fardeau financier que les familles préfèrent éviter. Chaque année, environ 500.000 foetus féminins sont ainsi éliminés. Sur les vingt dernières années, le foeticide féminin aurait entraîné un déficit de dix millions de femmes en Inde. "Pourquoi es-tu venue au monde ma fille, quand un garçon je voulais ? Va donc à la mer remplir ton seau : puisses-tu y tomber et t'y noyer", dit l'une des chansons populaires indiennes. A méditer...
Sur le sujet, lire Le premier siècle après Béatrice, d'Amin Maalouf. L'écrivain imagine un futur ravagé par la découverte d'une substance favorisant la naissance des garçons au détriment de celle des filles.

18.12.2006

Let's dance !

Dans la série "l'Inde et ses contrastes", en voici un nouveau : les clips de musique tamoule. Ici, un clip tourné dans les rues de Pondi.
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Dans les rues du Tamil Nadu, les femmes sont, pour la plupart, parées des plus belles couleurs de leurs saris. Seuls leurs avant-bras et une partie de leurs hanches sont découverts. Les couples ne se tiennent pas la main. Et ne s'embrassent jamais.
Dans les clips télé diffusés en boucle sur les chaînes tamoules, on croit halluciner tellement le contraste est...saisissant. Les saris se sont transformés en mini-top et jupe sexy. Et avec les chorégraphies souvent pensées pour être réalisées dans l'eau, l'effet t-shirt mouillé est garanti. Acteurs et actrices ne semblent avoir qu'un seul mot d'ordre : séduction. Et pour ce faire, tout y passe : clins d'oeil osés, gros plans sexy, collé-serré. Le zouk love n'a rien a envié à certaines chorégraphies tamoules.
Le clip devient le lieu du "tout est permis". Un peu comme si toute la frustration - sexuelle ? - des Indiens se trouvait subitement libérée. Récemment, un avocat de Dehli a porté plainte pour diffusion d'images à caractère pornographique. L'Inde dans tous ses contrastes.
Pour les curieux, le clip du film Saamy, avec Trisha, l'actrice fétiche de Mister D.